dimanche 22 novembre 2015

Yutaka Takanashi, Tokyo introuvable





Yutaka Takanashi est le fondateur de la revue de photographie Provoke en 1968. Rien de provoquant pourtant, sinon un refus du pittoresque ou du portrait. S’il photographie Shinjuku ou Shibuya comme Watanabe Katsumi ou Araki, il n’en retranscrit pas la vie grouillante, ni ne tire le portrait des mauvais garçons et des mauvaises filles. Takanashi privilégie les espaces vides ou il faut parfois chercher une figure humaine estompée par le noir et blanc. 



Rien d’étonnant à ce qu’une de ses plus belles photos soit une projection de 2001 l’Odyssée de l’espace, tant il reprasente Tokyo comme une planète inconnue. Mais ce formalisme élégant n’est pas exempt d’émotion, bien au contraire, même si on ne peut pas toujours la nommer. Ainsi ce visage d’enfant reflété à Shibuya dans le noir de la veste d’un salaryman appuyé contre une vitre.
Il y a aussi, ce qui me touche particulièrement, ces photos couleurs prises en 1982 des bars de Golden Gai. Au moment de la fermeture, il n’y a plus ni clients ni serveuses (à part ce reflet dans un miroir mais est-ce un visage ou une photographie ?). Yutaka Takanashi saisit cet instant mélancolique où l’aube renvoie les fantômes de Golden Gai à l’invisible, mais où flotte encore ce rêve qui se perpétue nuit après nuit.  



Du 10 mai au 29 juillet 2012, la Fondation Henri Cartier-Bresson (Paris) exposait les séries emblématiques de Yutaka Takanashi.

Le site de l'exposition, ici