dimanche 31 mai 2015

Fragments de la sexualité otaku


1. Quand le zentai part braconner


Ce n’est pas un film mais un de ces « matériaux pornographiques », un fragment, que l’on trouve sur youporn. Il n’a même pas de titre mais la description basique d’une situation : Japanese Av model butt groped.  Pourtant, dans sa laideur et sa bêtise, sa mise en scène improvisée, il fascine malgré tout. Si on le voyait en entier, peut-être comprendrions-nous comment ce personnage en combinaison (presque) intégrale (soit un zentai) parvient à s’introduire dans la salle de classe et à abuser des jeunes élèves ? On sait que la pornographie ne s’embarrasse pas de logique  mais épouse juste des canevas fantasmatiques. Au Japon, le viol et la violence sont des conventions admises et la prétendue jeunesse des personnages également. Ce qui gêne et intrigue ici, ce sont surtout les réactions aberrantes des jeunes filles observant le viol de leurs camarades, tour à tour dégoûtées, indignées voir curieuses… ou totalement absentes. Certaines, sans que l’on sache exactement pourquoi (sont-elles possédées par le zentai), commencent à se masturber avec des sextoys. 
La créature chétive et sans visage, qui pourrait être facilement maîtrisée par les jeunes filles, serait en fait une épure absolue du hentai japonais, ce pervers qui feuillette timidement les magazines pornographiques emplies de nymphettes écervelées. Il en est la projection fantasmatique, jouissant d’une liberté absolue dans cette république de Salo miniature que devient la salle de classe.


2. Daikichi Amano : amours visqueuses
On la vu, le zentai violeur de lycéenne était une réduction d’un être humain à la seule perversité, sans le minimum d’affect ou même de jouissance requis dans le porno traditionnel. La créature était une sorte d’être humain larvaire, à peine formé. L’idée d’un porno non humain remonte sans doute à Hokusai et aux Rêve de la femme du pécheur, duquel Daikichi Amano a tiré, autant en photographies qu’en films, une série de variations fascinantes. Dans l’idée, il s’agit bien sûr de zoophilie mais ici non mammifère et surtout basé sur l’idée de multiplicité, de grouillements, avec la viscosité comme dénominateur commun. Les modèles sont recouverts d’insectes, de vers, de reptiles ou d’animaux marins, jusqu’à disparaître presque totalement, comme dans une composition d’Arcimboldo. Amano est un maître des matières et de la couleur allant chercher des variations infinis dans la peau de ses animaux ; ce qui l’éloignent évidemment du pur matériel pornographique.






Mais il n’est pas sûr que les hentai prennent un si grand plaisir aux compositions baroques d’Amano. Peut-être préfèrent-ils se tourner vers des bandes moins raffinées, comme cette vidéo où une jeune fille en maillot de bains, une serviette autour de la bouche (au fond l’élément aquatique est préservé), se fait d’abord palper par des mains anonymes, remplacées par des vibromasseurs, puis des pénis (évidemment mosaïqués).




3. Rei Ayanami, clone sexuel
N’avez-vous jamais nourri des pensées coupables devant les Sylvidres d’Albator, l’Armanoïde de Cobra ou encore la redoutable Furia de San Ku Kai ? 
Imaginez un instant que jamais vous n’ayez jamais dépassé ce stade, que votre sexualité se soit construite exclusivement à travers des personnages de dessin animé ou des amazones de science-fiction. Au Japon, vous seriez ce que l’on appelle un otaku et votre chambre/appartement serait envahie d’amantes virtuelles. 
La libido otaku se divise entre des artefacts plus ou moins mainstream, à l’érotisme suggestif, et une pornographie underground qui est celle, par exemple, des mangas amateurs. Une circulation s’opère entre les deux, les mangas amateurs proposant souvent des versions classées X de personnages officiels.
Prenons par exemple Rei Ayanami, la jeune pilote aux cheveux bleus de Neon Genesis Evangelion, la géniale série d'animation d'Hideaki Anno débutée en 1995. Rei est un clone et en tant que telle connait de multiples morts et résurrections tout au long de la série. Elle est aussi un pilote remplaçable à l'infini, un corps adolescent appartenant aux adultes et totalement dévolue à usage : la guerre. Ce mélange de perfection martiale et de soumission en ont fait l'icone otaku absolue.


 

Elle a donné lieu à des variations hentai.


Des cosplay parfois assez élégants



Mais aussi à des vidéos pornographiques comme celle-ci où la starlette Mirina Izumi porte la tenue complète de pilote ainsi que les cheveux bleus et les lentilles de contact rouges.



Il n’y a aucune mise en scène dans ces vidéos, pas même de décor, seule importe de représenter le personnage dans des scènes sexuelles. On notera que Rei n’est pas ici déshabillée, à la différence des photos sexy du cosplay, et que la main de son partenaire sans visage caresse d’abord le costume du personnage. L’excitation otaku réside sans doute moins dans l’acte sexuel (d’ailleurs essentiellement masqué par les mosaïques usuelles) forcément déceptif, que dans ce prologue qui détaille le déguisement et en isole les « éléments d’attraction ».  L’otaku s’adonne donc au plaisir classique du fétichiste entre objet partiel et totalité, mais, univers de science-fiction oblige, l’objet de son désir est déjà une créature artificielle et dans le cas de Rei Ayanami un clone.