lundi 7 novembre 2016

Le mystère de la femme en blanc


Le 24 octobre, à peine déposées mes valises à l’hôtel, je fonçais à Golden Gai voir la rue qui avait brûlée en avril dernier. En août, lugubre rue fantôme (lire ici), elle était encore isolée par des suaires en plastique bleu comme si on voulait contenir cette force sournoise qui avait tenté d’éteindre Golden Gai et le renvoyer aux ténèbres. On m’avait dit que quelques bars avaient rouvert dont le Buster de Mami et le Darling de Yuya mais ce soir-là je n’en croyais pas mes yeux : c’est la rue entière, illuminée, qui avait ressuscitée de la suie et des gravats. Certaines mama-san, parmi les plus pauvres ou les plus abattues par le sinistre, avaient revendus leurs échoppes et quelques étages attendaient leur rénovation mais dans les petites chapelles bleues, roses et violettes, on célébrait à nouveau le culte de Kenji « Julie » Sawada et Momoe Yamaguchi. 
Pris dans le jetlag, je flottais un peu. Je me demandais si, comme dans la série Stranger Things, en un clin d’œil la rue n’allait pas s’obscurcir, tomber en cendre et me capturer moi-aussi derrière le voile d’ombre. Lorsqu’apparu un curieux personnage. C’était une vieille femme en vêtements blancs qui s'arrêtait devant chaque bar, tendait le bras et agitait rapidement les doigts comme si elle lançait un charme. Qui est-elle ? Une folle ? Une sorcière ? Une chamane comme les itako du nord du Japon qui communiquent avec les esprits ? Les mama-san auxquelles je montrais sa photo ne l’avaient jamais vue, mais ses gestes et ses vêtements blancs leur faisaient froid dans le dos. 

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