samedi 8 juillet 2017

Deux jours à Paris avec Necronomidol


Après avoir exploré dans leurs clips l’univers ténébreux de Necronomidol, les rencontrer à Paris en plein soleil de juillet, était une drôle d’expérience. Dès leur sortie du van noir, costumées et maquillées, c'était comme vivre un rêve en plein jour. Il y avait bien Risaki, la farouche jeune guerrière, Himari la beauté fatale aux très longs cheveux noirs, l’innocente Rei, la poupée diabolique Hina, et bien sûr Sari, la malicieuse sorcière aux cheveux verts avec sa tarentule sur la joue. Dans l’appartement où se déroulait l’interview, elles adoptèrent immédiatement Misa, une petite chatte qui fut l’objet de toutes leurs attentions. Mais si Misa était enchantée de rencontrer de jeunes humaines lui ressemblant à ce point, pour nous c’était de découvrir que les Necronomidol n’étaient en rien des poupées mais des jeunes filles cultivées, pouvant aussi bien parler du chamanisme (une donnée essentielle de leur musique) que de l’illustrateur eroguro Toshio Saeki, d’Edogawa Ranpo, de Mishima ou Tanizaki. Cette volonté de former un groupe d’idolu dark et raffiné est le fait de leur producteur Ricky Wilson. Cette double nationalité, nippo-américaine, explique aussi le caractère inattendu de leur musique, passant de l’électro au métal, de la comptine gothique aux mélopées chamaniques inspirées de JA Seazer, le compositeur de Terayama.


Le lendemain, à l’Espace B, c’était l’occasion rare de les découvrir sur scène. L’objectif de leurs spectacles est d’emmener le public chez elles, ni à Shibuya, ni à Akihabara, mais sur une contrée lunaire, parfois neigeuse ou des forêts à l’organicité dérangeante abritent les temples d’anciens cultes shinto. Elles y parviennent par leur chant et leurs chorégraphies, sans éclairage ou décors. Ce sont des musiciennes mais aussi des actrices et surtout des conteuses. 


Il faut voir Hina avec ses couettes retenues par un ruban rouge, tournant sur elle-même comme une figurine de boîte à musique ; la marquise des araignées Sari devenant une poupée d’un conte d’Hoffmann ; la fièvre tragique de Risaki, qui en sueur et les yeux presque révulsés, paraît combattre des démons invisibles ; l’étrange bonne humeur de Rei au milieu de ses compagnes possédées ou encore Hina, hiératique, avec sa longue robe de prêtresse. Devant ses tableaux en mouvement perpétuel, passant du ballet d’automates à de vertigineux tourbillons de derviches tourneurs, on perd en effet toute notion du temps et de l’espace.

L’interview avec Necronomidol sera publiée sur le site Asian Winds


jeudi 22 juin 2017

Les funérailles de Laura Palmer à Tokyo


Le 23 février 1992, des centaines de fans japonais de Twin Peaks assistaient aux funérailles de Laura Palmer à Tokyo.




Sur une carte à collectionner, le guitariste Hide en Laura Palmer


Le groupe Urbangarde reproduit la Black Lodge avec les polka dots de Yayoi Kusama.


mardi 20 juin 2017

Richard Brautigan, encore une histoire de fantôme à Tokyo


Natif de Tacoma dans l'état de Washington, Richard Brautigan habitait le Montana mais son autre pays était le Japon.

Un Japon d’abord ennemi comme il le raconte dans l’avant-propos de Journal japonais, hanté par cet oncle qui mourra des suites d’une blessure causées par un bombardement sur les côtes du Pacifique et dont le fantôme hantera le jeune Brautigan. Le Japon, il y viendra plus tard, par les haïkus de Bashô, par la peinture et le cinéma, avant de rencontrer le Japon réel au milieu des années 70. Ce n’est pas étonnant non plus qu’entre le Montana et le Japon, ce soit un mort qui guide Brautigan, et que les histoires de fantômes, ces kaidan japonais, circulent entre les deux pays.
Pas seulement bien sûr : il y a les histoires de gueules de bois, dont je ne sais pas si elles constituent un genre littéraire, mais qui sont aussi un pont entre le Montana et le Japon !

Tokyo-Montana-Express (1980) est le plus beau livre jamais écrit.

On ne peut pas oublier le boucher aux mains froides, le loup-garou dissimulé dans un buisson de framboises, la plus petite tempête de neige du monde, la gueule de bois sculptée comme un objet de l’artisanat populaire, les 390 photos d’arbres de noël, le dernier menu des condamnés à mort, et on ne peut pas non plus oublier ce bar dont toutes les serveuses sont identiques, le temple de la carpe à Shibuya, le kaidan de la brosse à dents, les spaghettis préparés pour les amis japonais,  et l’irrévocable tristesse de son merci beaucoup. On ne peut pas oublier le gamin japonais noyé et ses tennis « trempée et très froides, et aussi lourdes d’une blancheur étrange, silencieuse absolument. »
L’autre grand livre de Brautigan  est Journal japonais, et ses 77 poèmes écrits entre le 13 mai 1976 et le 30 juin.
Par exemple : « les chauffeurs de taxi ne ressemblent pas à leur photographie (…) De parfaits inconnus conduisent ces taxis. »

Et pas mal de moments d’inexistence qu’on a tous connus au Japon, sans forcément trouver cela désagréable.

Comme dans Tokyo-Montana-express, il y a aussi un texte sur un film érotique. Lorsqu’il visite le Japon dans les années 70, c’est la grande vogue des roman porno et pinku eiga, films que Brautigan ne peut pas voir en Amérique. Dans Tokyo-Montana-express, Le Château de la fiancée des neiges, le film le plus sensuel jamais tourné, provoquant des érections fabuleuses, s’évaporait comme un fantôme, et ce qui disparaissait n’était pas seulement le film mais le cinéma lui-même, remplacé par un petit jardin public. Je n’ai jamais identifié même une partie du film dont parle Brautigan.

En revanche, le Fauteuil rouge dans Journal japonais est bien connu puisqu’il s’agit de La Maison des perversités (1976) de Noboru Tanaka d’après Edogawa Rampo.  




On notera la fin délicieuse du poème prouvant que Brautigan avait tout compris de l’eroguro.

Chez Tanaka, la femme qui est l’objet de la passion de l’homme dissimulé dans le fauteuil est Junko Miyashita, la femme aux cheveux rouges, l’autre Abe Sada, qui mériterait à elle seule un recueil de poèmes amoureux.




mercredi 3 mai 2017

Momoe Yamaguchi, Last song for you


Les sourcils et la bouche de Momoe Yamaguchi étaient parfaitement rectilignes, son nez était lui aussi mince et droit, et son menton d’un ovale parfait. Une beauté pure et absolue que l’on croirait sortie d’un manga.

Née en 1959, elle n’avait que 13 ans lorsqu’elle commença à chanter en costume marin des romances pour adolescentes. Momoe grandit, abandonna son seifuku et sa voix prit de troublantes inflexions graves. Assez contemporaine pour s’emparer de rythmes discos avec Playback part.2 et Imitation Gold, elle pouvait aussi, dans le déchirant Cosmos, chanter la tristesse de s’éloigner de ses parents. Son règne ne dura que 7 ans et en 1980, elle épousa l’acteur Tomokazu Miura. Elle se retira de la scène après un ultime concert, le 5 octobre 1980 au Nippon Budokan 
Le dernier morceau qu’elle chanta en public est l’un de ses chefs-d’œuvre : Last song for you, qui de fait acquit un statut mythique.
La vidéo est l’une des plus mélodramatiques de Momoe, qui pleure, presque sans interruption, pendant les 7mn que dure le morceau.
On admirera comment les sanglots et la voix brisée deviennent une part intégrante du chant de Momoe. On s’interrogera aussi sur une érotique des larmes, tant Momoe suffoque et s’abandonne pendant les 8mn que dure la vidéo.
On admirera la blancheur sensuelle et hypnotique de ses bras nus.
On admirera le panoramique remontant le long de la robe blanche en corolle, sa gorge soulevée par le chagrin, son cou tendu vers le ciel et son visage renversé, encadré de fleurs.

Accroché à sa main, un pan de la robe fait du tissu entier, le mouchoir qui recueille ses larmes. 


Les larmes sont à ce point l’essence-même de la shôjo, qu’on se demande si ce ne sont pas elles, bien davantage que le sang, qui coulent dans leurs veines.


mardi 18 avril 2017

Tadanori Yokoo, Ken Takakura, 1969

Une image par jour #29

Shin Abashiri Bangaichi : Saihate no nagaremono [Abashiri Prison : The Vagrant Comes to a Port Town] Kioshi Saeki, Toei, 1969)

samedi 15 avril 2017

lundi 10 avril 2017

Hako Yamasaki, l'enfant sauvage



Hako Yamasaki est ma troisième chanteuse folk des années 70. Moins chargée d’alcool et de nuits sans sommeil que Maki Asakawa et moins hantée que Morita Doji, elle rappelle ces chanteuses que l’on croise dans les romans d’Haruki Murakami lorsque le héros se souvient de ses soirées dans les bars à côté de l’université. Elle évoque une mélancolie plus simple mais pas moins prenante. Hako est l’étudiante romantique avec qui on imagine se promener au crépuscule le long de l’étang d’Ueno. Si on établissait la bande-son du roman graphique de Kamimura Lorsque nous vivions ensemble, on y placerait certainement quelques chansons d’Hako. Comme c’est le cas pour ses consœurs, les albums d’Hako sont des merveilles visuelles où rien, de la pochette au livret intérieur, n’est laissé au hasard. De beaux dessins originaux et des photos construisent minutieusement son mood juvénile, un peu vagabond, figure solitaire errant le long des voies ferrées, dans les terrains vagues ou sur les plages nocturnes.